DUST
Le Wheels and Waves des jeunes
Article & photos : Laurent Scavone
On en avait entendu parler. Il fallait donc aller voir.
Pas de stand Garage Français cette fois. Pas de portants, pas de cartons, pas de caisse, rien à vendre et aucune obligation d’être quelque part à une heure précise. Juste l’envie de profiter de l’événement, de regarder les machines, de rencontrer du monde et, accessoirement, de boire quelques bières.
Direction la Belgique, du côté de Namur.
Le décor est presque trop sage. La Meuse et la Sambre serpentent entre les vallées verdoyantes, les villages de pierre grise, les fermes, les pavillons et les clochers bien rangés.
On est loin de Biarritz.
Et pourtant, difficile de ne pas penser à Wheels and Waves lorsqu’on arrive au Dust.
Des motos, des voitures, de la musique, des préparations improbables, des fringues, de la bière et cette même envie de réunir autour de la mécanique une communauté qui ne vient plus seulement assister à une course, mais chercher une ambiance.
Sauf qu’ici, quelque chose est différent.

MOINS DE POSTURE, PLUS DE POUSSIÈRE
Wheels and Waves est devenu une référence. Peut-être même trop.
Au fil des années, Biarritz a inventé une esthétique, des codes et presque une façon de se tenir. Les belles motos, les belles fringues, les préparations impeccables, les bonnes marques et cette étrange faculté qu’ont parfois certains participants à garder leurs chaussures propres au milieu d'un événement mécanique.
Au Dust, ça semble nettement plus compliqué.
On est en Belgique.
Chez les bons vivants, les joues rouges, les yeux parfois embués et le coude assez facilement levé.
Ici, pas vraiment de concours d’élégance. Les motos roulent, les voitures prennent des coups, les chaussures finissent sales et les vêtements aussi.
Et ça fait du bien.
Le Dust ressemble un peu au Wheels dans l’intention, mais beaucoup plus à une Amérique fantasmée dans sa réalisation. Un immense ranch en carton-pâte posé au milieu de la campagne belge, avec ses cow-boys, ses chevaux, ses lassos et tout ce qu’il faut pour fabriquer un western qui aurait sérieusement dérapé.
Le spectateur n’est d’ailleurs pas vraiment là pour rester spectateur.
Il regarde, participe, essaye, boit, mange et recommence.



ICI, ON NE SORT PLUS
C’est probablement l’une des meilleures idées du Dust : une fois entré, on n’a plus vraiment de raison de repartir.
Courses de voitures de rallye, courses de motos en tout genre, essais de motos électriques, freestyle, concerts, exhibitions de chevaux et de lassos… Pendant trois jours, quelque chose se passe en permanence.
Aux Wheels, on roule d’un événement à l’autre.
Ici, les événements roulent pour vous.
La nuance paraît anecdotique. Elle change pourtant complètement la manière de vivre le festival.
Pas besoin de reprendre sa moto pour aller voir ce qui se passe vingt kilomètres plus loin. Pas besoin non plus de chercher un bar dans le village voisin.
Tout est là.
Et avec Duvel parmi les partenaires de l’événement, autant dire que la question de l’hydratation avait été sérieusement anticipée.
Trois jours de beuverie ?
Vous y croyez, vous ?
Le vendredi, c’était bière, poussière et soleil.
Puis la Belgique a repris ses droits.
La poussière est devenue boue et les tongs ont laissé leur place aux bottes en caoutchouc. Mais personne ne semblait vraiment vouloir rentrer.
Au contraire.
Plus le terrain devenait improbable, plus le Dust semblait devenir lui-même.

LE BAZAR COMME PROGRAMME
Il y a quelque chose de réjouissant dans cette absence apparente de logique.
Une voiture de rallye passe. Puis une moto. Un cheval. Un type avec un lasso. Un concert commence quelque part pendant qu’un autre groupe termine ailleurs.
On a même bu avec des Indiens et des Apaches.
On n’a pas tout compris.
Mais c’était bien.
Et c’est peut-être précisément ce que les organisateurs du Dust — qui n’ont même pas trente ans — ont compris : à force de vouloir rendre les événements mécaniques beaux, cohérents, premium, désirables et parfaitement instagrammables, on peut finir par oublier l’essentiel.
La fête.
Le Dust est jeune et ça se voit.
Il est imparfait, bordélique, éclectique et probablement parfois excessif. Il mélange sans complexe voitures, motos, chevaux, électrique, rock, culture western, bière et boue.
Sur le papier, ça ne devrait peut-être pas fonctionner.
Sur place, ça fonctionne très bien.
LE WHEELS DES JEUNES ?
Comparer le Dust à Wheels and Waves est évidemment injuste.
Mais la comparaison est inévitable.
Parce que Wheels est devenu l’étalon auquel presque tous les événements mêlant moto, automobile, lifestyle et culture finissent par être comparés.
Wheels a créé un langage. Une esthétique. Une certaine idée de la moto devenue mondiale et reproduite par des milliers d’images.
Il ne faudrait surtout pas que Wheels cesse d’être Wheels.
Mais peut-être devrait-il parfois regarder vers la Belgique.
Non pas pour copier le Dust, mais pour observer cette génération qui a grandi avec les images de Biarritz et semble aujourd’hui vouloir s’en débarrasser un peu.
Moins de posture.
Moins de règles non écrites.
Moins besoin d’avoir la bonne moto, le bon blouson ou la bonne paire de lunettes pour appartenir au décor.
Davantage de mélange, de spontanéité, de participation et probablement un peu plus de conneries.
Chez Garage Français, nous étions venus cette fois sans stand et sans rien avoir à vendre.
Et finalement, c’était plutôt bien.
Parce que cela nous a rappelé pourquoi nous aimons ces rassemblements depuis le début : pas seulement pour les motos, les voitures ou les vêtements qui vont avec.
Mais pour les gens que l’on y rencontre.
Pour la fête.
Et pour ces quelques jours où l’on accepte enfin de ne pas rentrer avec les chaussures propres.





















@in-to-the-dust