Article & photos : Laurent Scavone
Dimanche 29 juin, 7h30 du matin, j’attache ma Montesa Cappra 250 de 1975 sur la remorque, direction la Pévèle. Tout est réuni : la météo est parfaite, la moto a été testée quelques jours avant, le tracé me semble raisonnable pour mon niveau d’enduro.
Ceux qui vivent dans la région lilloise connaissent bien la Pévèle : c’est un peu la campagne anglaise des gens du Nord qui ont les moyens d’y vivre. Des corps de ferme, des hectares de terrain, des maisons sans mitoyenneté, des routes cantonales sinueuses, et ce charme un peu figé de la bourgeoisie aux façades parfaites et aux SUV propres, bien rangés dans leurs allées.
Ce mélange entre brèles et Pévèle peut sembler étonnant, et pourtant il a une vraie histoire. Un terreau, pourrait-on dire, tant la moto est ici enracinée chez certains. Alors que l’Enduro du Touquet fête ses 50 ans, j’aime à me rappeler qu’à l’origine, cette course hivernale pour amateurs de frissons était le terrain de jeu d’une bourgeoisie aventureuse. On se ravitaillait au champagne, sur des motos comme la mienne, des machines qui avaient un genre, un style, une allure. Les organisateurs d’aujourd’hui sont les héritiers de cet esprit-là, avec leurs brèles anciennes, leurs décors soignés, leur organisation carrée et la présence de quelques anciens que j’ai croisés sur le sable nordiste, qui sait se transformer en béton armé quand le vent traverse la Manche.
60 km de poésie (et de galère)
Me voilà donc tout heureux de rouler sur un parcours où, je l’avoue, je redécouvre la campagne nordiste. Un tracé de 60 km à travers champs, pistes, sous-bois et débroussaillage. Une lumière parfaite inspire presque la poésie… jusqu’à ce qu’on tombe sur un tronc d’arbre traître, un sous-bois obscur où les branches cessent de caresser pour plutôt gifler, et où, finalement, je perds le groupe avec lequel j’étais parti.
Il faut dire que j’ai roulé « comme une merde », la peur au ventre de casser cette moto qui fut l’une de celles de Joël Robert, ex-champion du monde belge de motocross, ou de tordre le cou à mon Nikon Z8, fébrilement accroché dans mon dos. J’aurais voulu faire plus d’images, mais les organisateurs menaient un train d’enfer, oubliant un peu que j’étais venu aussi pour ça — pour capturer des scènes que j’avais imaginées plus viriles. J’avais surestimé mes capacités de pilotage : moi, biker des villes, essayant de suivre les motards des champs sur leurs motos plus agiles et plus puissantes.
Retour au Saloon
À 12h30, retour au Saloon, le camp de base façon cow-boy. M’y attendaient des visages connus, une bonne frite et quelques bières de soif. L’assistance s’arrosait de belles bouteilles de rosé au son d’un DJ enfermé dans son trip. Des voitures de collection sommeillaient dans l’herbe fraîche de la propriété des parents de Jean, pendant que nos motos cuisaient au soleil. Les chiens et les enfants étaient bienvenus, dans une ambiance sereine et respectueuse — sans débordements ni hurlements de 2-temps sous amphétamines.
Je n'étais pas seul. Quelques clients fidèles de Garage Français, bières à la main, avec Alain, Philippe, Julien, Vivien, Agathe, Mélanie et les autres, m'attendaient à l’ombre. Du coin de l’œil, je regardais ma Montesa, que je trouvais belle parmi les autres brêles en Pévèle des années 90.































