Article et photos : Laurent Scavone
Tout le monde n'a pas la chance de photographier la collection de motos ayant appartenu à Steve McQueen. J'ai eu ce privilège et, croyez-moi, c'est une expérience à la fois impressionnante et profondément nostalgique.
Pour découvrir cette collection, il faut se rendre à Paris. Je n'en dirai pas davantage. L'adresse doit rester secrète. Derrière une porte anonyme, dans un parking souterrain à l'abri des regards indiscrets, repose un trésor inestimable. Un lieu préservé des curieux, des voleurs, mais aussi du tumulte, afin de laisser ceux qui en ont la responsabilité accomplir leur travail dans la sérénité. Une mission menée avec le soutien des ayants droit de Steve McQueen.
Je peux toutefois révéler un nom : celui du maître des lieux, Jacques Nobile. Depuis des années, il rassemble, restaure et fait vivre ce patrimoine exceptionnel. À l'écouter raconter l'histoire de chacune de ces machines, on comprend rapidement qu'il ne collectionne pas des motos. Il conserve des fragments de vie.
Comme beaucoup, j'ai grandi avec les films de Steve McQueen. Bullitt m'a marqué, même si, dans mon souvenir, ce sont presque les voitures qui volent la vedette à l'acteur. Quelques années plus tard, j'ai eu l'occasion de rencontrer son fils, Chad McQueen, aux États-Unis. Nous avons parlé de son père, un exercice auquel il doit se plier depuis toujours tant le poids de son héritage accompagne chacun de ses déplacements.
Alors me retrouver aujourd'hui face aux motos personnelles de Steve McQueen avait quelque chose de particulier.
Je ne dirais pas que j'étais comme un fan. Ce qui m'impressionne chez McQueen, ce n'est pas seulement la star hollywoodienne. C'est le pilote.
Tout le monde connaît les motos de The Great Escape, celles que l'on retrouve inlassablement sur Internet ou les Triumph devenues indissociables de son image. Mais il y a aussi les autres. Celles avec lesquelles il courait réellement, parfois sous le pseudonyme de Harvey Mushman, pour éviter d'attirer l'attention. Aux côtés de son ami Bud Ekins, immense pilote de désert et cascadeur de génie, Steve McQueen participe notamment à l'International Six Days Trial de 1964 en Allemagne de l'Est au guidon d'une Triumph TR6 Trophy. Il prendra également le départ de nombreuses courses mythiques comme la Baja 1000, la Mint 400 ou encore l'Elsinore Grand Prix. Contrairement à ce que l'on imagine parfois, Steve McQueen ne jouait pas au pilote. Il en était un.
Et c'est justement ce qui m'a sauté aux yeux.
En regardant ces motos de près, je me suis dit qu'il fallait avoir des couilles pour dompter de telles machines. Lourdes, physiques, imprécises comparées aux motos d'aujourd'hui, elles ne pardonnaient rien. Il fallait du talent, de l'engagement et probablement une bonne dose d'inconscience. On comprend alors pourquoi McQueen était respecté bien au-delà des plateaux de cinéma.
Puis il y a leur beauté.
Les motos présentées ici sont de véritables sculptures mécaniques. Franchement, il ne faut pas avoir de la merde dans les yeux pour ne pas reconnaître qu'elles sont sexy. Les réservoirs, les moteurs, les échappements, les traces d'usure... tout respire l'authenticité. On est loin des restaurations trop parfaites qui effacent le vécu. Ici, chaque rayure raconte une histoire.
Pour ma part, j'ai installé mon matériel dans ce parking à la lumière peu flatteuse. Flash après flash, je redécouvrais ces machines sous un autre angle. Une poignée usée, une selle marquée, une soudure, un numéro de course... J'avais parfois l'impression de photographier davantage un morceau d'histoire que de simples motos.
Une partie de cette collection a d'ailleurs été dévoilée au public lors de Rétromobile 2026, accompagnée des voitures ayant appartenu à l'acteur. Un travail colossal mené depuis de nombreuses années par Jacques Nobile et son équipe.
Steve McQueen est décédé le 7 novembre 1980, au lendemain d'une opération pratiquée au Mexique. Il n'avait que cinquante ans. Quarante-cinq ans plus tard, son nom continue pourtant de faire rêver des générations entières de passionnés. Peu d'acteurs peuvent en dire autant.
J'ai eu de la chance. Ce n'est pas tous les jours qu'un photographe se retrouve seul face à une collection pareille. Ça méritait bien une clope à l'air libre, avec Paris pour décor et les anecdotes de Jacques pour accompagner la fumée. Je dois l'avouer : ce genre de journée vous rappelle pourquoi vous aimez encore ce métier.















